Les deux Statues

Les fables de la Motte
Partager sur Facebook

Coypel, digne héritier d' un Appelle nouveau,
qui, recuëillant sa sublime industrie,
t' es fait donner ta part de son pinceau
en pur avancement d' hoirie ;
si loin que son art soit allé,
il doit craindre qu' un jour ton sçavoir ne l' égale.
Je l' en crois, entre nous, déja tout consolé ;
et nature en ravit l' honneur à la morale.
à mes travaux ajoûte ici les tiens ;
rends présent ce que je raconte.
Mes vers me semblent bons (chacun le croit des siens)
mais du tableau l' impression plus prompte
réunit en un seul moment
ce que le vers ne dit que successivement.
Rassemble dans tes traits tout l' esprit de l' ouvrage ;
peins même les discours dans l' air du personnage ;
que ton pinceau moralise avant moi.
Tant mieux, si je suis presque inutile après toi.
Tu l' as fait. Ce tableau plaisamment formidable,
en action réelle érige mon récit.
Dans ce que tu peins tout est dit ;
et qui le voit, a lû ma fable.
La nuit avoit au monde amené le repos.
Le silence regnoit sur toute la nature ;
et l' obligeant Morphée à chaque créature
faisoit litiere de pavots.
Une sorciere de Carie,
une vieille Medée, une autre Canidie,
sçavante en l' art d' interroger le sort,
pour exercer sa science hardie,
arrive dans un bois qui tremble à son abord.
Dans le centre d' un cercle elle établit la scéne
de ses enchantemens divers ;
sur l' autel en triangle allume la verveine,
en prononçant les mots souverains des enfers.
Pour sacrifice au dieu du noir rivage,
elle souffle la peste au plus prochain bercail ;
et fait sur l' heure à l' innocent bétail
perdre le goût du pâturage.
Pluton, de ce grand art le vassal immortel,
députe à la sorciere une légion d' ombres,
qui viennent des royaumes sombres
comparoître au magique autel.
Ce n' est pas tout. Il faut que du ciel arrachée
la lune descende en ce bois.
De son char, par un mot, la voilà détachée.
Des pauvres cariens les tambours et les voix
la rappellent en vain : la lune est empêchée.
à quoi ? Vous allez voir. Dès que tout s' est rendu
aux loix de la magicienne,
tirez-moi de souci, leur dit la carienne ;
où puis-je retrouver un chien que j' ai perdu ?
Quoi, falloit-il troubler l' ordre de la nature,
lui dit Hecate, pour ton chien ?
Eh que m' importe son allure,
dit la vieille, pourvû que je n' y perde rien ?
Que de gens ne seroient, avec même puissance,
ni plus justes ni plus sensez !
Pour un rien ils mettroient tout le monde en souffrance :
ils se contentent ; c' est assez.
Est-ce hiperbole ? Non : et ma fable s' appuye
d' un fait connu de l' univers.
Parce qu' Alexandre s' ennuye,
il va mettre le monde aux fers.

Fable suivante

Autres fables du même auteur

Le Corbeau et le Faucon
Un corbeau vigoureux dans la fleur de son âge, par monts, par vaux, alloit chercher son pain.Un vieux corbeau du voisinage,tout pelé, tout gouteux (le grand âge est mal sain)se tenoit dans son trou, prêt à mourir de faim.Le jeune…
Fable :: Antoine Houdar de La Motte
Partager sur Facebook
Minos et la Mort
Rions, chantons, parons-nous de ces roses,que les doux zéphirs de leur mainnous offrent fraîchement écloses ;saisissons un plaisir certain ;de vin, d' amour doublons les doses ;hâtons-nous ; nous mourrons demain.C' est fort mal conclu,…
Fable :: Antoine Houdar de La Motte
Partager sur Facebook
Le Renard et le Chat
Faire parler les animaux,ce ne fut pas tout l' art des mensonges d' Esope :dans ses contes il dévelopeleurs apetits divers, leurs instincts inégaux.Il faut à la nature être toujours fidele ;ne point faire du loup l' allié des brebis ;ne…
Fable :: Antoine Houdar de La Motte
Partager sur Facebook
La Ronce et le Jardinier
La ronce un jour accroche un jardinier :un mot, lui dit-elle, de grace ;parlons de bonne foi, gros Jean, suis-je à ma place ?Que ne me traites-tu comme un arbre fruitier ?Que fais-je ici planté en haye,que servir de suisse à ton clos…
Fable :: Antoine Houdar de La Motte
Partager sur Facebook
L'Huitre
Deux voyageurs firent naufrage ; et sur le débris du vaisseauils abordent tous deux dans une isle sauvage,où les suit un danger nouveau :l' affreuse faim. Nos gens cherchent par tout à vivre ;mais ils ont beau courir, nuls fruits,…
Fable :: Antoine Houdar de La Motte
Partager sur Facebook
Plus de Fables