Chat et Chauve-souris

Les fables de la Motte
Partager sur Facebook

Gardons-nous de rien feindre en vain.
La vérité doit naître de la fable.
Qu' est-ce qu' un conte sans dessein ?
Parole oiseuse et punissable.
Mais tout vrai ne plaît pas. Un vrai fade et commun
est chose inutile à rebattre.
Que sert par un conte importun
de me prouver que deux et deux font quatre ?
Nous devons tous mourir. Je le sçavois sans vous ;
vous n' apprenez rien à personne.
Je veux un vrai plus fin, reconnoissable à tous,
et qui cependant nous étonne :
de ce vrai, dont tous les esprits
ont en eux-mêmes la semence :
qu' on ne cultive point, et que l' on est surpris
de trouver vrai quand on y pense.
Laissez donc là vos fictions,
me va répondre un censeur difficile.
Pensez-vous nous donner quelques instructions ?
Non pas à vous ; vous êtes trop habile :
mais il est des lecteurs d' un étage plus bas ;
et telle fiction qui ne vous instruit pas,
à leur égard pourroit être instructive.
Il faut que tout le monde vive.
Un chat le plus gourmand qui fut,
n' ayant d' autre ami que son ventre,
fondit sur un serein, et sans respect du chantre,
l' étrangla net et s' en reput.
Le serein et le chat vivoient sous même maître.
à peine apperçoit-on le meurtre de l' oiseau,
que l' on jure la mort du traître.
Chacun veut être son bourreau.
L' assassin l' entendit et trembla pour sa peau.
Les voeux sont enfans de la crainte ;
il en fit un. S' il sort de ce danger,
de la faim la plus rude éprouvât-il l' atteinte,
il renonce aux oiseaux, n' en veut jamais manger :
en atteste les dieux en leur demandant grace ;
et comme si c' étoit l' effet de son serment,
le maître oublia sa menace,
et se calma dans le moment.
Le rominagrobis échappé de l' orage,
trouva deux jours après une chauve-souris.
Qu' en fera-t-il ? Son voeu l' avertit d' être sage ;
son appetit glouton n' est pas du même avis.
Grand combat ! Embarras étrange !
Le chat décide enfin. Tu passeras, ma foi,
dit-il ; en tant qu' oiseau, je ne veux rien de toi ;
mais comme souris, je te mange.
Le ciel peut-il s' en fâcher ? Non,
se répondoit le bon apôtre.
Son casuiste, c' est le nôtre ;
l' intérêt, qui d' un mot se fait une raison.
Ce qu' on se défend sous un nom,
on se le permet sous un autre.

Fable suivante

Autres fables du même auteur

Le Renard et le Chat
Faire parler les animaux,ce ne fut pas tout l' art des mensonges d' Esope :dans ses contes il dévelopeleurs apetits divers, leurs instincts inégaux.Il faut à la nature être toujours fidele ;ne point faire du loup l' allié des brebis ;ne…
Fable :: Antoine Houdar de La Motte
Partager sur Facebook
La Ronce et le Jardinier
La ronce un jour accroche un jardinier :un mot, lui dit-elle, de grace ;parlons de bonne foi, gros Jean, suis-je à ma place ?Que ne me traites-tu comme un arbre fruitier ?Que fais-je ici planté en haye,que servir de suisse à ton clos…
Fable :: Antoine Houdar de La Motte
Partager sur Facebook
Apollon , Mercure et le Berger
L' homme est ingrat ; c' est son grand vice.Comme une grace il sollicite un bien ;l' a-t-il reçû ? Ce n' est plus que justice ;on a bien fait ; il n' en doit rien.Place-t-on un nouveau ministre ?Il faut pour ses flatteurs agrandir son…
Fable :: Antoine Houdar de La Motte
Partager sur Facebook
L'Avare et Minos
De tous les vices des humainsle plus mocqué, c' est l' avarice.C' est aussi le plus fou. Bernez-le, c' est justice.Quant à moi, j' y donne les mains.Qu' Apollon me mette à sa place ;j' arme tous les auteurs contre un vice si sot.Nul…
Fable :: Antoine Houdar de La Motte
Partager sur Facebook
Les Oiseaux
Sur un haut chêne au pied d' une montagne,s' étoient dès le matin, assemblés mille oiseaux,qui voltigeant de rameaux en rameauxde leurs brillans concerts égayoient la campagneainsi, sans soins, sans embarras,chantant leur joye ou leur…
Fable :: Antoine Houdar de La Motte
Partager sur Facebook
Plus de Fables