Le Prince joueur de flûte

Les fables de Phèdre
Partager sur Facebook

Lorsqu'un esprit plein de vanité, ébloui d'une faveur passagère, se laisse aller à sa folle présomption, son sot orgueil le rend le jouet de tout le monde. Le Prince , joueur de flûte de quelque renommée, accompagnait Bathylle dans ses pantomimes. Un jour qu'on célébrait des jeux, je ne me rappelle pas bien l'époque, il fit, par inattention, dans un changement de décors, une chute grave, et se cassa le tibia gauche. Il aurait mieux aimé avoir cassé ses deux flûtes droites . On l'enleva, et on l'emporta chez lui, poussant de grands gémissements. Plusieurs mois se passèrent avant qu'il fût entièrement rétabli. Les spectateurs, comme il arrive toujours, commencèrent à regretter leur bon musicien, qui, par les sons de sa flûte, animait les danses du souple Bathylle.

Un Romain d'une naissance distinguée allait donner des jeux, et Leprince commençait alors à marcher. Il obtint à force de prières et d'argent que le musicien se montrât seulement le jour même du spectacle. Le moment venu, on ne parla dans le théâtre que du joueur de flûte: les uns soutenaient qu'il était mort ; d'autres, qu'il allait paraître tout-à-l'heure.

On tire la toile, le tonnerre gronde, et les dieux parlent selon leur coutume . Le choeur alors se finit à chanter un hymne inconnu au joueur de flûte, et dont le sens était : «Rome, réjouis-toi, le prince est sauvé! »

On se leva pour applaudir. Leprince aussitôt d'envoyer des baisers, croyant que ses amis et ses admirateurs le félicitaient. Les chevaliers voient sa sotte erreur, et ils demandent en riant de répéter l'hymne. Le choeur recommence; notre homme de se prosterner jusqu'à terre, et les chevaliers d'applaudir encore pour se moquer de lui.

Le peuple pensait qu'il voulait une couronne. Mais dès que son histoire fut connue sur tous les gradins du théâtre, Leprince, qui s'enorgueillissait des honneurs rendus au divin Auguste, fit, malgré sa robe blanche, ses souliers blancs, et la bandelette blanche qui lui enveloppait la jambe, jeté à la porte par tous les spectateurs.

Fable suivante

Autres fables du même auteur

La Chienne qui met bas
Les caresses d’un méchant cachent quelque piège : la fable suivante nous avertit de les éviter. Une Chienne, près de mettre bas, demanda à une de ses compagnes de lui prêter sa cabane pour y faire ses petits; elle l’obtint facilement. Puis, l’autre…
Fable :: Phèdre
Partager sur Facebook
Le Loup et le Chien
Que la liberté est douce ! Je vais le démontrer en peu de mots.Un chien bien repu et un loup d'une maigreur extrême se rencontrèrent par hasard. Quand, après s'être salués, iIs se furent arrêtés : «D'où vient, je te prie, dit le loup, que tu as le…
Fable :: Phèdre
Partager sur Facebook
Le Taureau et le Veau
Un Taureau, gêné par ses cornes, se débattait à la porte étroite d'une étable où il ne pouvait entrer qu'avec peine.Un Veau voulut lui montrer comment on devait s'y prendre. « Tais-toi, lui dit le Taureau, je savais cela avant que tu fusses né. »…
Fable :: Phèdre
Partager sur Facebook
Le Poète
Censeur malin, toi qui critiques mes écrits, toi qui dédaignes un genre qui te paraît frivole, je te demande un peu de patience; et, pour adoucir ton humeur sévère, Ésope vient de chausser le cothurne.Plut aux dieux que jamais la hache…
Fable :: Phèdre
Partager sur Facebook
Socrate et ses Amis
Le nom d'ami est commun, mais l'amitié est rare. Socrate se faisait bâtir une maison très-petite: je ne crains pas une mort comme la sienne, si je puis atteindre à sa renommée, et je laisse les envieux m'accuser, si l'on doit me rendre justice après…
Fable :: Phèdre
Partager sur Facebook
Plus de Fables