Le Pouvoir des Fables

Les fables de La Fontaine
Partager sur Facebook

La qualité d’Ambassadeur
Peut-elle s’abaisser à des contes vulgaires ?
Vous puis je offrir mes vers et leurs grâces légères ?
S’ils osent quelquefois prendre un air de grandeur,
Seront-ils point traités par vous de téméraires ?
Vous avez bien d’autres affaires
À démêler que les débats
Du Lapin et de la Belette :
Lisez les, ne les lisez pas ;
Mais empêchez qu’on ne nous mette
Toute l’Europe sur les bras.
Que de mille endroits de la terre
Il nous vienne des ennemis,
J’y consens ; mais que l’Angleterre
Veuille que nos deux Rois se lassent d’être amis,
J’ai peine à digérer la chose.
N’est-il point encor temps que Louis se repose ?
Quel autre Hercule enfin ne se trouverait las
De combattre cette Hydre ? et faut-il qu’elle oppose
Une nouvelle tête aux efforts de son bras ?
Si votre esprit plein de souplesse,
Par éloquence, et par adresse,
Peut adoucir les cœurs, et détourner ce coup,
Je vous sacrifierai cent moutons ; c’est beaucoup
Pour un habitant du Parnasse.
Cependant faites moi la grâce
De prendre en don ce peu d’encens.
Prenez en gré mes vœux ardents,
Et le récit en vers, qu’ici je vous dédie.
Son sujet vous convient ; je n’en dirai pas plus :
Sur les Éloges que l’envie
Doit avouer qui vous sont dus,
Vous ne voulez pas qu’on appuie.
Dans Athènes autrefois peuple vain et léger,
Un Orateur voyant sa patrie en danger,
Courut à la Tribune ; et d’un art tyrannique,
Voulant forcer les cœurs dans une république,
Il parla fortement sur le commun salut.
On ne l’écoutait pas : l’Orateur recourut
À ces figures violentes,
Qui savent exciter les âmes les plus lentes.
Il fit parler les morts, tonna, dit ce qu’il put.
Le vent emporta tout ; personne ne s’émut.
L’animal aux têtes frivoles
Étant fait à ces traits, ne daignait l’écouter.
Tous regardaient ailleurs : il en vit s’arrêter
À des combats d’enfants, et point à ses paroles.
Que fit le harangueur ? Il prit un autre tour.
Cérès, commença-t-il, faisait voyage un jour
Avec l’Anguille et l’Hirondelle :
Un fleuve les arrête ; et l’Anguille en nageant,
Comme l’Hirondelle en volant,
Le traversa bien-tôt. L’assemblée à l’instant
Cria tout d’une voix : Et Cérès, que fit-elle ?
Ce qu’elle fit ? un prompt courroux
L’anima d’abord contre vous.
Quoi, de contes d’enfants son peuple s’embarrasse !
Et du péril qui le menace
Lui seul entre les Grecs il néglige l’effet !
Que ne demandez-vous ce que Philippe fait ?
À ce reproche l’assemblée
Par l’Apologue réveillée
Se donne entière à l’Orateur :
Un trait de Fable en eut l’honneur.
Nous sommes tous d’Athènes en ce point ; et moi-même,
Au moment que je fais cette moralité,
Si peau d’âne m’était conté,
J’y prendrais un plaisir extrême,
Le monde est vieux, dit-on, je le crois, cependant
Il le faut amuser encor comme un enfant.

Fable suivante

Autres fables du même auteur

Les deux Pigeons
Deux Pigeons s’aimaient d’amour tendre :L’un d’eux, s’ennuyant au logis,Fut assez fou pour entreprendreUn voyage en lointain pays.L’autre lui dit : « Qu’allez-vous faire ?Voulez-vous quitter votre frère ?L’absence est le plus grand des…
Fable :: Jean de la Fontaine
Partager sur Facebook
Le Singe et le Dauphin
C’était chez les Grecs un usageQue sur la mer tous voyageursMenaient avec eux en voyageSinges et chiens de bateleurs.Un navire en cet équipageNon loin d’Athènes fit naufrage,Sans les dauphins tout eût péri.Cet animal est fort amiDe…
Fable :: Jean de la Fontaine
Partager sur Facebook
Philémon et Baucis
Ni l’or ni la grandeur ne nous rendent heureux ;Ces deux Divinités n’accordent à nos vœuxQue des biens peu certains, qu’un plaisir peu tranquille,Des soucis dévorans c’est l’éternel asile,Véritables Vautours que le fils de JapetReprésente…
Fable :: Jean de la Fontaine
Partager sur Facebook
Le Geai paré des plumes du Paon
Un Paon muait ; un Geai prit son plumage ;Puis après se l’accommoda ;Puis parmi d’autres Paons tout fier se panada,Croyant être un beau personnage.Quelqu’un le reconnut : il se vit bafoué,Berné, sifflé, moqué, joué,Et par messieurs les…
Fable :: Jean de la Fontaine
Partager sur Facebook
Un Fou et un Sage
Certain Fou poursuivait à coups de pierre un Sage.Le Sage se retourne, et lui dit : Mon ami,C’est fort bien fait à toi ; reçois cet écu-ci :Tu fatigues assez pour gagner davantage.Toute peine, dit-on, est digne de loyer.Vois cet homme qui…
Fable :: Jean de la Fontaine
Partager sur Facebook
Plus de Fables