Phébus et Borée

Les fables de La Fontaine
Partager sur Facebook

Borée et le Soleil virent un voyageur
Qui s’était muni par bonheur
Contre le mauvais temps. On entrait dans l’automne,
Quand la précaution aux voyageurs est bonne :
Il pleut ; le soleil luit ; et l’écharpe d’Iris
Rend ceux qui sortent avertis
Qu’en ces mois le manteau leur est fort nécessaire :
Les Latins les nommaient douteux, pour cette affaire.
Notre homme s’était donc à la pluie attendu :
Bon manteau bien doublé, bonne étoffe bien forte.
« Celui-ci, dit le Vent, prétend avoir pourvu
À tous les accidents ; mais il n’a pas prévu
Que je saurai souffler de sorte
Qu’il n’est bouton qui tienne : il faudra, si je veux,
Que le manteau s’en aille au diable.
L’ébattement pourrait nous en être agréable :
Vous plaît-il de l’avoir ? – Eh bien ! gageons nous deux,
Dit Phébus, sans tant de paroles,
À qui plus tôt aura dégarni les épaules
Du cavalier que nous voyons.
Commencez : je vous laisse obscurcir mes rayons. »
Il n’en fallut pas plus. Notre souffleur à gage
Se gorge de vapeurs, s’enfle comme un ballon,
Fait un vacarme de démon,
Siffle, souffle, tempête, et brise en son passage
Maint toit qui n’en peut mais, fait périr maint bateau :
Le tout au sujet d’un manteau.
Le cavalier eut soin d’empêcher que l’orage
Ne se pût engouffrer dedans.
Cela le préserva. Le Vent perdit son temps ;
Plus il se tourmentait, plus l’autre tenait ferme :
Il eut beau faire agir le collet et les plis.
Sitôt qu’il fut au bout du terme
Qu’à la gageure on avait mis,
Le Soleil dissipe la nue,
Récrée et puis pénètre enfin le cavalier,
Sous son balandras fait qu’il sue,
Le contraint de s’en dépouiller :
Encore n’usa-t-il pas de toute sa puissance.
Plus fait douceur que violence.

Fable suivante

Autres fables du même auteur

Le Loup et le Chien maigre
Autrefois Carpillon fretinEut beau prêcher, il eut beau dire,On le mit dans la poêle à frire.Je fis voir que lâcher ce qu’on a dans la main,Sous espoir de grosse aventure,Est imprudence toute pure.Le pêcheur eut raison ; Carpillon n’eut…
Fable :: Jean de la Fontaine
Partager sur Facebook
Le Lièvre et les Grenouilles
Un Lièvre en son gîte songeait,(Car que faire en un gîte, à moins que l’on ne songe ?)Dans un profond ennui ce Lièvre se plongeait :Cet animal est triste, et la crainte le ronge.Les gens de naturel peureuxSont, disait-il, bien…
Fable :: Jean de la Fontaine
Partager sur Facebook
La Besace
Jupiter dit un jour : Que tout ce qui respireS’en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur.Si dans son composé quelqu’un trouve à redire,Il peut le déclarer sans peur :Je mettrai remède à la chose.Venez Singe, parlez le premier, et pour…
Fable :: Jean de la Fontaine
Partager sur Facebook
Le Chien qui lâche sa proie pour l’ombre
Chacun se trompe ici-bas :On voit courir après l’ombreTant de fous qu’on n’en sait pasLa plupart du temps le nombre.Au Chien dont parle Ésope il faut les renvoyer.Ce Chien, voyant sa proie en l’eau représentée,La quitta pour l’image, et…
Fable :: Jean de la Fontaine
Partager sur Facebook
L’Avare qui a perdu son trésor
L’usage seulement fait la possession.Je demande à ces gens de qui la passionEst d’entasser toujours, mettre somme sur somme,Quel avantage ils ont que n’ait pas un autre homme.Diogène là-bas est aussi riche qu’eux,Et l’avare ici-haut comme…
Fable :: Jean de la Fontaine
Partager sur Facebook
Plus de Fables